Prévention et traitement des escarres : conseils

Les escarres, lésions cutanées douloureuses et invalidantes, affectent des milliers de personnes chaque année. Le coût humain et économique est important. Comprendre les facteurs de risque et appliquer des stratégies de prévention efficaces est donc crucial. En France, on estime que plus de 100 000 personnes sont hospitalisées chaque année pour des complications liées aux escarres, générant un coût de plusieurs millions d'euros.

Ce guide complet détaille les méthodes de prévention et de traitement des escarres, en proposant des conseils pratiques et des solutions innovantes pour améliorer la qualité de vie des personnes à risque. Il est important de noter que 60% des escarres pourraient être évitées par une prévention adéquate.

Facteurs de risque des escarres : identifier les populations vulnérables

Plusieurs facteurs contribuent à l'apparition des escarres. Il est vital d'identifier les individus les plus vulnérables pour mettre en place une prévention personnalisée. Ces facteurs sont classés en deux catégories : intrinsèques et extrinsèques.

Facteurs intrinsèques

Les facteurs intrinsèques sont liés à la santé générale de la personne. L'âge avancé (plus de 65 ans) augmente la fragilité cutanée et réduit sa capacité de régénération. Une mauvaise nutrition, particulièrement un déficit protéique (moins de 1g de protéines par kg de poids corporel), affaiblit la peau et l'expose aux lésions. Des maladies chroniques telles que le diabète (environ 15% des patients diabétiques développent des escarres), l'insuffisance rénale, les maladies vasculaires périphériques ou l'obésité augmentent le risque. L'immobilité prolongée, l'incontinence (urinaire ou fécale affectant 40% des patients âgés), certains médicaments (corticoïdes, immunosuppresseurs), l'anémie, et les troubles de la conscience constituent des facteurs aggravants. Environ 20% des patients hospitalisés développent des escarres.

Facteurs extrinsèques

Les facteurs extrinsèques sont liés à l'environnement et aux soins. Une pression prolongée sur une zone cutanée (plus de 2 heures), causée par une immobilisation prolongée, réduit la circulation sanguine et provoque une ischémie, favorisant les escarres. Les frottements répétés, le cisaillement (déplacement de la peau par rapport aux plans osseux), et l'humidité excessive sont des facteurs importants. Une mauvaise hygiène, des vêtements inadaptés, ou du matériel médical mal utilisé (sondes, pansements compressifs) peuvent aggraver la situation. Le contact prolongé avec des surfaces rugueuses augmente le risque de frottement et d'irritation. Une étude montre que 70% des escarres sont localisées sur le sacrum.

Évaluation du risque d'escarres

Différentes échelles permettent d'évaluer ce risque. Les échelles de Norton et de Braden sont les plus utilisées. Elles considèrent l'état nutritionnel, la mobilité, l'état de conscience et l'incontinence. L'échelle de Braden, par exemple, attribue un score à chaque critère ; un score inférieur à 16 indique un risque élevé. Un patient de 80 ans, immobile (score 1), incontinent (score 2), malnutri (score 2) et somnolent (score 2) obtient un score de 7 sur l'échelle de Braden, signalant un risque très élevé.

  • L'échelle de Norton évalue 5 paramètres sur une échelle de 1 à 4. Un score inférieur à 14 indique un risque élevé.
  • L'échelle de Braden évalue 6 paramètres sur une échelle de 1 à 4. Un score inférieur à 16 indique un risque élevé.
  • L'échelle de Waterlow est utilisée pour évaluer le risque d'escarres chez les personnes obèses.

Définition et stades des escarres

Une escarre est une lésion cutanée due à une pression prolongée, entraînant une diminution de la circulation sanguine et une nécrose tissulaire. Il existe différents types : les escarres de pression (les plus courantes), les escarres de frottement et les escarres de cisaillement. La gravité est classée en stades, selon la profondeur de la lésion et l'atteinte tissulaire.

  • Stade 1 : Rougeur persistante ne blanchissant pas à la pression.
  • Stade 2 : Perte partielle de l'épaisseur de la peau, abrasion ou cloque.
  • Stade 3 : Perte complète de l'épaisseur de la peau, atteignant le tissu sous-cutané.
  • Stade 4 : Perte complète de l'épaisseur de la peau, atteignant le muscle, l'os ou la structure sous-jacente.
  • Escarres non classables : Lésion dont la profondeur est indéterminée (par exemple, recouverte de nécrose).

Prévention des escarres : une approche multifactorielle

La prévention repose sur une approche multifactorielle combinant plusieurs stratégies pour réduire les facteurs de risque.

Gestion de la pression

Le repositionnement régulier (toutes les 2 heures minimum) est essentiel. Évitez une pression prolongée sur les mêmes points. Utilisez des matelas anti-escarres (matelas à air, à eau, à cellules, etc.), des coussins spéciaux, et surélevez les talons. Les matelas à air alternés réduisent la pression sur les points de pression de manière cyclique. L'utilisation de dispositifs de réduction de pression permet de diminuer le risque d’escarres de 60%. Il existe plus de 10 types de matelas anti-escarres.

Nutrition et hydratation optimales

Une alimentation riche en protéines (minimum 1.5g/kg/jour), vitamines et minéraux est essentielle pour maintenir l'intégrité cutanée. Une hydratation suffisante (minimum 2 litres d'eau par jour) maintient l'hydratation cutanée. Un régime équilibré renforce les défenses immunitaires et favorise la cicatrisation. Des suppléments nutritionnels peuvent être nécessaires pour les patients malnutris. Une prise alimentaire adéquate réduit le risque de complications.

Soins cutanés meticuleux

Une hygiène rigoureuse est indispensable. Lavez la peau quotidiennement avec des produits doux, sans alcool ni parfum, et hydratez-la avec des crèmes protectrices. Surveillez les zones à risque. Évitez les produits irritants. Un soin régulier de la peau réduit le risque d’escarres de 50%. L’utilisation de crèmes hydratantes est recommandée, au minimum 2 fois par jour.

Mobilisation et exercices adaptés

La mobilisation passive et active stimule la circulation sanguine. Des exercices adaptés à la mobilité du patient sont recommandés. Pour les patients alités, des mouvements passifs des membres aident à maintenir la circulation. Les exercices de mobilité active (lever les jambes, rotations des pieds, exercices respiratoires) sont conseillés dès que possible. La mobilisation régulière améliore la circulation sanguine et minimise la pression sur les zones à risque.

Contrôle de l'humidité

L'humidité favorise les escarres. En cas d'incontinence, utilisez des protections cutanées appropriées et changez-les régulièrement pour maintenir la peau propre et sèche. Optez pour des produits absorbants et hypoallergéniques. Le changement régulier des protections (au minimum toutes les 4 heures) est crucial pour prévenir les complications.

Surveillance rigoureuse de la peau

Inspectez la peau quotidiennement, surtout aux zones à risque. Signalez immédiatement toute rougeur persistante, chaleur locale, douleur, œdème, ou modification de température cutanée au personnel médical. Une intervention précoce est essentielle. Une surveillance régulière permet une détection précoce des escarres.

Traitement des escarres : une approche personnalisée

Le traitement dépend du stade de la lésion. Une approche personnalisée est essentielle.

Nettoyage et désinfection

Nettoyez et désinfectez la plaie pour prévenir l'infection. Utilisez une solution saline ou un produit adapté prescrit par le médecin. Nettoyez délicatement sans frotter. L’utilisation de produits antiseptiques doit être réalisée selon les recommandations médicales.

Pansements adaptés

Le choix du pansement dépend du stade et des caractéristiques de la lésion. Les pansements hydrocolloïdes, alginates, hydrogels, et mousses sont utilisés. Les hydrocolloïdes sont indiqués pour les escarres superficielles, les alginates pour les plaies exsudatives, les hydrogels pour hydrater, et les mousses pour absorber les exsudats. Le choix du pansement doit être adapté à chaque cas et doit tenir compte de la quantité d'exsudats. En moyenne, un patient avec une escarre nécessite un changement de pansement toutes les 24h.

Traitement médicamenteux

En cas d'infection, un traitement antibiotique peut être nécessaire. Des antalgiques sont prescrits pour soulager la douleur. Le traitement est adapté à chaque patient et à l’évolution de la plaie.

Chirurgie

Dans les cas graves, une intervention chirurgicale (débridement, reconstruction tissulaire) peut être envisagée. Cette décision relève du chirurgien.

Suivi médical

Un suivi régulier est indispensable pour évaluer l'efficacité du traitement et l'adapter aux besoins du patient. La collaboration entre le médecin, l'infirmière et le patient est fondamentale.

Une prévention rigoureuse, associée à une prise en charge adaptée, permet de réduire considérablement la prévalence des escarres et d'améliorer la qualité de vie des personnes affectées.

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